Voeux de l’Ambassadeur - 14 juillet 2021

Rangoun, le 14 juillet 2021

Chers compatriotes et amis de la France,

Cette année encore, nous ne pourrons pas nous rassembler pour fêter tous ensemble le 14 juillet et dire notre attachement commun au développement des relations franco-birmanes.

Une troisième vague de COVID-19 est venue frapper la Birmanie, comme ses voisins et la plupart des Etats de la planète. Elle nous impose des règles de distanciation physique et parfois de confinements stricts. Mais aujourd’hui, le coronavirus se révèle d’autant plus victimaire qu’il frappe simultanément tout le territoire de la République de l’Union du Myanmar, un Etat dont le plan de vaccination a été dangereusement retardé et des infrastructures sanitaires fragiles, malmenées par les conséquences du coup d’Etat militaire du 1er février.

En mettant à mal l’Etat de droit, les libertés individuelles et collectives et en récusant les choix démocratiques exprimés clairement par les électeurs en novembre 2020, les putschistes ont remis en cause des années de développements économiques et sociaux. Ils ont obscurcis l’avenir de plus de 57 millions de Birmans. Ils font obstacles à la prospérité de tout un pays, à son intégration régionale, à une paix et une stabilité si longtemps attendues.

Face à l’arbitraire ayant conduit derrière les barreaux des milliers de citoyens birmans mais aussi tant de morts, de blessés et de familles déplacées, la France a exprimé sa douleur, sa condamnation et sa solidarité. Fidèle à sa devise « Liberté, Egalité, Fraternité », elle ne peut être qu’au côté des démocrates, des opprimés et des défenseurs des droits.

C’est pourquoi avec nos partenaires de l’Union européenne ou du G7, nous demandons la liberté pour tous ceux qui ont été arrêtés pour des raisons politiques depuis le 1er février notamment le président de la République U Win Myint et la Conseillère pour l’Etat Daw Aung San Suu Kyi, la restauration de la liberté de la presse et d’accès à internet.

De nombreuses réformes juridiques sont, sous nos yeux, remises en cause. Les organisations internationales et de la société civile s’en désolent. Plus d’égalité dans la société birmane passera par la lutte contre l’impunité. Les victimes d’exactions passées et présentes doivent pouvoir bénéficier d’une justice forte et indépendante en Birmanie mais aussi de la part de la justice internationale.

Pour sortir de la crise profonde et de la guerre civile dans laquelle la Birmanie s’est enfoncée depuis 6 mois, il lui faut retrouver une démarche de fraternité, définir un projet de vivre ensemble de ses citoyens, indépendamment de leurs ethnicités, de leurs religions voire de leurs affiliations partisanes. Nous ne saurions faire ces choix de société mais les Birmanes et les Birmans savent qu’ils peuvent et pourront toujours compter sur la France pour les soutenir sur le chemin de la démocratisation, de la liberté, de la paix et de la prospérité.

Si de nombreux Français se sont vus contraints de partir ces derniers mois, pour des raisons de sécurité ou d’emploi, ils l’ont fait avec un profond déchirement. Beaucoup espèrent revenir dans les prochains mois, partager leurs savoir-faire, mobiliser de nouvelles ressources financières pour bâtir ensemble la Birmanie de demain. Ils croient comme moi en l’avenir de la Birmanie et au développement de nos relations futures.

Mais bien des défis nouveaux se sont dressés devant nous depuis le 1er février. Néanmoins, les instruments pour conduire les projets de demain sont là et au service de la coopération franco-birmane. Au travers de ses outils publics, l’Agence française de développement, Business France, des entreprises réunies par la Chambre de commerce et d’industrie France Myanmar (FMCCI) ou encore du Lycée français international de Rangoun Joseph Kessel, la France et les Français disposent d’instruments efficients pour développer nos relations bilatérales.

Les vicissitudes de l’Histoire bousculent toujours toutes les institutions de coopération. L’Institut français de Birmanie (IFB) peut en témoigner plus que tout autre. Cette année, nous pouvons nous enorgueillir du 60ème anniversaire de son implantation à Rangoun. Lieu de débats, ouvert à tous les courants artistiques et intellectuels, il est par nature un espace d’expression des libertés, de ‘égalité et de la fraternité franco-birmane.

En ce 14 juillet, je dois vous dire que la communauté française de Birmanie peut être fière des valeurs qu’elle témoigne eu peuple birman en cette nouvelle période sombre de son Histoire. En se montrant solidaire depuis plus d’un an dans la lutte contre les effets économiques et sociaux du coronavirus, défenseuse des emplois et des personnes, elle affirme sa détermination à bâtir des relations humaines franco-birmanes profondes et durables.


Christian LECHERVY

Ambassadeur de France en Birmanie

JPEG

publié le 14/07/2021

haut de la page