Synthèse hebdomadaire de la presse du 5 au 11 février 2021

Coup d’Etat militaire

-  Le commandant en chef des forces armées, Min Aung Hlaing, a fait sa première allocution publique via la télévision le 8 février à 20h. Il a annoncé que le Tatmadaw était capable de mettre en œuvre un système démocratique multipartite et qu’il instaurerait une « démocratie véritable et disciplinée ». Il a réitéré ses critiques à l’endroit de la commission électorale quant à sa gestion des élections générales. Il indique qu’une nouvelle commission électorale a été formée et que les listes électorales sont actuellement inspectées. Concernant la Covid-19, il déclare que la stratégie vaccinale se poursuivra. Enfin, il a annoncé qu’il n’y aurait « aucun changement en matière de politique étrangère, de politique gouvernementale et de politique économique » durant cette période temporaire d’état d’urgence.

-  Les autorités ont annoncé qu’un couvre-feu était instauré de 20h à 4h et que les rassemblements de plus de 5 personnes étaient interdits, en référence à l’article 144 du code de procédure pénale.

-  La Commission électorale de l’Union a publié une déclaration vendredi 5 février annonçant qu’elle avait commencé une enquête portant sur les fraudes électorales.

-  La connexion à Internet a été interrompue du 6 février matin au 7 février après-midi durant plus de 24h. Par ailleurs, les réseaux sociaux rapportent depuis le 10 février la rédaction d’un projet de loi sur la cyber-sécurité, qui permettrait aux fournisseurs d’accès à internet d’intercepter ou de retirer toute information sur demande du Ministère de la Communication, et de garder des informations relatives aux utilisateurs pendant une période de 3 ans. Le Ministère de la Communication pourrait contrôler, interdire ou bannir tout fournisseur d’accès à internet. Un comité de cyber-sécurité serait autorisé à enquêter sur les personnes suspectées d’atteinte à cette loi, notamment en procédant à une « inspection » de l’ordinateur.

-  15 membres de l’armée birmane ont procédé à un raid du siège de la LND dans le township de Bahan (région de Rangoun) aux alentours de 22h le 9 février.

Manifestations

-  Les manifestations ont débuté le 6 février dans l’ensemble du pays, notamment dans les grandes villes comme Rangoun, Nay Pyi Taw et Mandalay. Elles sont moins intenses dans l’Etat Rakhine, où elles sont localisées dans le sud de l’Etat (Gwa, Taungup), et l’Etat Shan. Le 9 février, elles ont été réprimées dans des grandes villes comme Nay Pyi Taw ou Mandalay par des canons à eau, des gaz lacrymogènes ou encore des balles en caoutchouc. Plusieurs personnes ont été blessées, dont une jeune fille de 19 ans grièvement touchée à la tête et dont le pronostic vital est engagé.

-  Des défections ont été constatées au sein de la police, notamment à Nay Pyi Taw, à Mergui, où un policier a fait un discours déclarant « I will be by your side », et à Magwe, où 3 policiers se sont opposés à l’usage des canons à eaux, ou encore à Loikaw dans l’Etat Kayah. L’équipe d’information de l’armée a annoncé sur sa page Facebook que les membres de la police qui participaient aux manifestations seraient sanctionnés. Elle précise que les policiers qui ont pris part aux manifestations à Loikaw ne sont pas des membres permanents de la police.

Arrestations

-  La vague d’arrestations s’est poursuivie et touche encore les membres ou proches de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), des activistes, ou des manifestants. Selon l’Association pour l’assistance des personnes politiques (AAPP), en date du 10 février, 220 personnes ont été arrêtées depuis le 1er février et 200 sont actuellement en détention. On note l’arrestation, pour la deuxième fois, de plusieurs Chief Ministers : Etats Karen, Rakhine, Mon, et régions de Sagaing, Rangoun et Mandalay. Deux membres de la LND du township de Taungup (Etat Rakhine) ont également été arrêtés et seront poursuivis au titre de la loi sur la gestion des catastrophes naturelles. L’un d’eux faisait partie des trois membres de la LND enlevés par l’Arakan Army mi-octobre 2020. U Kyaw Tin Swe, le ministre au bureau de la Conseillère pour l’Etat, a été arrêté le 10 février.

-  Le 6 février est intervenue la première arrestation d’un ressortissant de nationalité étrangère, en l’espèce australienne, Sean Turnell, l’ancien conseiller économique d’Aung San Suu Kyi.

Constitution du gouvernement

-  De nouveaux Ministres ont été nommés : Maung Maung Ohn, en tant que Ministre du tourisme et de l’hôtellerie et Aung Than Oo, en tant que Ministre de l’Energie et de l’électricité. Il y a actuellement 18 ministres, dont deux sont membres du State Administrative Council (Ministre de la Défense et Ministre de la communication)

-  Hle Soe a été nommé président du conseil administratif régional de Rangoun et Ye Myint comme président du conseil administratif régional d’Ayeyarwaddy.

Réactions des partis ethniques

-  Les partis ethniques sont approchés par l’armée pour rejoindre le State Administrative Council. Il est, à ce jour, composé de 16 membres, dont 8 militaires et 8 civils. Parmi les nominations, on note celle de Phado Mahn Nyein Maung, membre du comité exécutif de la Karen National Union (KNU) jusqu’en juillet 2020, celle de Daw Aye Nu Sein, une des leaders de l’Arakan National Party (ANP), et celle de Saw Daniel, qui était jusqu’à présent le vice-président du Kayah State Democratic Party (KySDP). La KNU, comme le KySDP, ont fait savoir qu’il s’agissait de choix personnel qui ne les engageaient pas.

-  Le Mon Unity Party (MUP) a accepté de faire partie du State Administrative Council (SAC). Ce sera Dr Banyar Aung Moe, élu dans le township de Yé (Etat Mon), qui représentera le MUP au SAC.

-  De nombreux partis ethniques ont refusé l’invitation de l’armée de rejoindre le SAC : Arakan Front Party (AFP), la Chin National League for Democracy (CNLD), la Kayah State Democratic Party (KySDP), le Karen National Party, le Karen National Democratic Party ou encore la Shan Nationalities League for Democracy (SNLD).

-  Le mécanisme en charge du processus de paix sous le gouvernement de la LND, le National Reconciliation and Peace Centre (NRPC), est désormais dissout. C’est à présent le comité de négociation de la paix présidé par le Let-Gen Yar Pyae qui sera en charge du processus de paix.

Parlement

-  Le 5 février, les parlementaires élus de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) ont organisé une session parlementaire en ligne annonçant la formation d’un comité de 15 membres (Committee Representing Pyidaungsu Hluttaw, CRPH) et appelant la communauté internationale à reconnaître ce comité en tant que représentants légitimes du peuple.

-  Les députés régionaux LND des parlements des régions de Rangoun, Bago, Mandalay, Ayeyarwaddy et Sagaing ont organisé des sessions parlementaires en ligne à partir du 6 février pour former les comités représentants pour chaque parlement régional.

-  Le comité représentant le parlement de l’Union (CRPH) a publié le 11 février un communiqué pour annoncer qu’un représentant du Kayah State Democratic party (KySDP) et un de la Ta’ang National Party avaient rejoint le comité.

Réactions internationales

-  L’envoyée spéciale pour les Nations Unies, Christine Schraner Burgener, s’est entretenue le 5 février avec le vice-commandant en chef des forces armées, Soe Win. Durant cet entretien, elle a condamné le coup d’Etat et appelé à la libération des personnes détenues.

-  Le Pape François a exprimé le 7 février sa solidarité envers le peuple birman et a demandé aux responsables du pays de montrer leur volonté sincère pour le bien commun, la promotion de la justice sociale et la stabilité nationale pour une coexistence harmonieuse et démocratique.

-  La Grande-Bretagne et l’Union Européenne ont demandé le 8 février une session spéciale du conseil des droits de l’Homme sur le coup d’Etat en Birmanie. 19 membres sur 47 membres, dont le Japon et la Corée du sud, ont soutenu cette proposition. La session spéciale aura lieu le 12 février.

-  La première ministre néozélandaise, Jacinda Ardern, a annoncé mardi que son gouvernement suspendait tout contact politique et militaire de haut-niveau avec la Birmanie. La Nouvelle-Zélande annonce également des restrictions de voyage pour les autorités militaires birmanes et s’assurera que ses programmes d’aide à la Birmanie n’incluent pas ni ne profitent à la junte militaire.

-  Le président américain Joe Biden a annoncé le 10 février qu’il avait approuvé un décret ouvrant la voie à de nouvelles sanctions contre les commandants de l’armée birmane et les entreprises auxquelles ceux-ci sont liés, suite au coup d’Etat. Joe Biden a aussi annoncé le gel de 1 milliard de dollars de fonds gouvernementaux birmans détenus aux Etats-Unis, afin d’empêcher les généraux de l’armée d’accéder à cet argent.

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Explication : le mouvement de désobéissance civile touche toutes les villes du pays. Les villes de Mandalay, Rangoun, Nay Pyi Taw, Pathein et Bagan sont représentées par des gâteaux typiques. Pen Holder

publié le 11/02/2021

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